Articles de Presse

ARTENSION N°25 septembre-octobre 2005

artensionIssue du crépitement estival des pins et des rumeurs de l'océan, l'enfant peintre s'est mue progressivement en adepte inconditionnel de la modernité, et des avant-gardismes (où rodent les fantômes prégnants d'un romantisme adolescent inachevé!). Cette mécanique claudiquante aboutit d'abord à des stries de décodeur contaminées par l'angoisse des totalitarismes, avant de subir ensuite l'empreinte Baconienne, s'en délester, et se laisser investir brutalement enfin par les radiographies médicales. Alors, ces images vont la posséder littéralement, intégralement. Elle est devenue elle-même une sorte de radiographie d'un monde mutant et paniqué. Au point que certain jour, il fallait éviter qu'elle ne se place devant ce néon qui eût pu révéler d'intimes éruptions, d'extralucides ravages, d'insondables détresses si insoutenables à l'autre! Au fil de l'accumulation permanente de ces instantanés d'âme écorchée, son espace vital a succombé devant l'espace mental envahissant, sorte de marée montante d'où l'actuelle Françoise Bertero est née, un peu à la manière Boticiellienne : une vénus barbouillée émergeant de l'écume des découpes anarchiques, des lambeaux, des fragments de photos, de bombes asséchées et ruineuses, d'éclaboussures encore teintées de rêves et de désirs. Son atelier ressemble à une plage infréquentable par les touristes de la normalité balnéaire. Cette femme frêle et étrange que rien n'effraie plus qu'elle même, et dont le seul maître est ce chat tant aimé, qu'elle désirerai, acte ultime, se faire greffer sur l'épaule. Cette femme est probablement ce que je connais de plus radical et de plus intransigeant dans ce monde déliquescent ,par sa permanente quête de "l'image absolue", qu'elle semble bien pouvoir obtenir un jour, si ce n'est déjà fait.

M. Lecoeur

 

AZART HORS-SERIE N°11 - VISAGE(S) PORTRAITS ET AUTOPORTRAITS D'AUJOURD'HUI

azartONIRISME  La peinture ? Françoise Bertero l'a apprise seule et tard. Cétait cependant latent : "hallucinations depuis l'enfance, obsession du visage humain, fascination par le bloc opératoire". Pastel, huile, acrylique, à trente ans l'artiste pratique un graphisme apparenté à la bande dessinée, aime les couleurs vives. Elle travaille ensuite à partir de radiographies, puis de photographies de son propre corps et surtout de son visage, soigneusement mis en scène, habillés, maquillés. La peinture à son tour les métamorphose. "Je détruit pas mal l'image. J'essaie de créer un univers de toile, de peinture, au-délà de la photographie. Je crée des images et ce qui compte c'est ce qu'elles dégagent.L'art pour moi c'est ce qui est beau mais faut-il définir la beauté qui est très subjectif surtout pour un artiste. Un tas de viande sur une table ne m'intéresse pas sauf quand c'est Bacon qui le peint. J'aime le travail, pas l'état brut". Séduisant et dérangeant comme la vie, drôle parfois aussi, le résultat s'apparente plutôt aux visions de rêves. Inspiration? le cinéma avant tout, celui de Cocteau et d'Alekan pour la "belle et la bête", Kubrick, Lynch., Eisenstein.  La peinture ancienne aussi : Rembrandt, Vermeer,Fussli. Plus récent Francis Bacon et  Rainer. "Le visage m'obsède. L'expression. Je ne suis pas psychanalyste. Mon oeil avale, mon cerveau digère. Les idées s'en mêlent. J'essaie de créer des images fortes, ça n'est pas plus compliqué que ça. Je tiens beaucoup à l'esthétique. Le sujet n'est pas le plus important car tout a été dit. Ce qui compte c'est la forme".

Françoise Monnin

 

 




© Françoise Bertero, peintre et vidéaste